Savate et chausson

Où l’on apprend la grâce et le comportement nécessaire face à cette partie de la population que l’on nomme titis, voyous ou arsouilles.

Petite histoire d’un art français.

Il est bien inutile de chercher une origine à tous les sports de combats. Depuis que l’homme est homme, qu’il a des mains, des pieds, des ongles, des dents, et une bonne raison de s’en servir pour blesser son prochain, il a utilisé ces arguments frappants pour faire valoir ses droits. Les Grecs le théorisent de la plus simple des façons sous le nom de pancrace : tout est permis, sauf de mordre et d’arracher les yeux. Nos titis parisiens en ont retrouvé les secrets sous le nom de « savate » tandis que leurs homologues marseillais devant s’adapter, peut-être, à la stabilité précaire des pontons de navires, parlent plutôt de « chausson ». Dans les deux cas, mains et pieds sont de première utilité pour remporter l’assaut. La savate classique, dite aussi « lutte parisienne » est une technique de combat essentiellement pratiquée par les classes populaires. La savate romantique, rassemblant les classes aisées, se pratique en salle, sur parquet, avec chaussons aux pieds et gants aux poings pour éviter de se blesser. Avec la canne, c’est la base de l’art martial national français.

« Vous avez sans doute vu, si le hasard ou toute autre raison vous a conduit aux barrières, aux Funambules, sur la place Maubert, dans la rue Mouffetard, ou tout autre lieu fréquenté par cette intéressante partie du peuple français que l’on désigne sous les dénominations de gamins, de titis et de voyous, deux champions en attitude, agitant les bras et les jambes avec des gestes bizarres, et prononçant la phrase sacramentelle : « Numérote tes os, que je te démolisse ! » et vous avez passé en détournant la tête, car au bout de quelques secondes le sang jaillissait des nez réciproques, et de larges iris ne tardaient pas à cercler d’auréoles prismatiques les yeux des combattants : - c’étaient des arsouilles qui tiraient la savate.

Mais si la curiosité vous pousse à vous mêler au groupe déguenillé qui entoure les athlètes crapuleux, vous entendrez un vocabulaire étrange qui surprendrait beaucoup messieurs de l’Académie. La langue française n’est pas si pauvre qu’on le dit : les malins donnent des conseils et raisonnent sur la valeur des coups. Allons, tape-lui sur la terrine, mouche-lui le quinquet, surine-lui le naz, ça l’esbrouffera ; quand on saigne, ça écoeure. - Est-ce que ta peau n’est pas payée à toi ? on dirait que tu as peur de la gâter. - Huhu ! xi ! xi ! Mords donc ! pousse dessus à mort ! et autres interjections de même farine. L’apparition d’un sergent de ville signalé à l’horizon par quelque vigie hissé sur la hune d’une borne dissipe les acteurs et les spectateurs de ce tournoi d’un nouveau genre. »

Théophile Gautier, « Le maître de chausson », Les Français peints par eux-mêmes : Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle, t.5, 1842.

Le maître d’armes Michel Casseux dit Pisseux, ouvre une salle d’escrime en 1825. Il lui adjoint l’enseignement de « l’escrime des pieds », notre savate donc, dont il théorise les techniques disparates. Charles Lecour reprend l’ensemble dans les années 1830-1840, associant les quatre techniques de poings de la « boxe anglaise » aux techniques de pieds de la savate, les coups armés, pour former la « boxe française ». Jusque là les poings servaient
surtout défensivement à bloquer les coups de l’adversaire.

Si le jeune Louis Napoléon Bonaparte est un adepte de ce nouvel art, demandant aux plus célèbres de ses maîtres, tel Joseph Charlemont, de l’enseigner à l’armée française, l’impératrice est, elle, indignée par le sport de voyou, et obtient son interdiction de 1856 à 1860. Louis Vigneron, autre entraineur célèbre, poursuit son enseignement durant ces années, dissimulé en gymnastique théâtrale proposant des spectacles « d’Adresse française ». Car nous ne sommes jamais loin des arts du cirque : Vigneron décède en 1871 au cours d’un exercice de foire qui consiste à tirer un coup de canon à partir d’une pièce d’artillerie qu’il portait sur son dos. Sans doute est-ce là symptomatique de l’esprit français. Dans la rivalité constante avec la boxe d’outre-manche, Charles Charlemont, fils du Jules précédemment cité, défie à la fin du siècle les champions anglais Wilson puis Jerry Driscoll. À la première reprise, Driscoll l’accuse de l’avoir mordu. À la huitième reprise Charles plie en deux Driscoll avec un fouetté médian que les Anglais interprétèrent comme un coup aux parties. Le combat prend fin. Voyous ou gentleman, on s’accorde donc difficilement sur les règles. À ce jeu, les champions d’outre-atlantique risquent d’être les mieux préparés : Charles refusa toujours d’affronter l’américain Al McCoy.

Les techniques.

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